Voilà maintenant deux semaines que j'ai repris
mes habitudes auprès de Kitamura-sensei,
à Matsugaya. Je ne peux
pratiquer qu'une fois par semaine, le
lundi matin, et la reprise n'a pas été glorieuse. Tout juste si je savais
encore tenir un pinceau. Je ne vous parle même pas de rester assis une heure et
demie en seiza, avec le
temps de préparer l'encre.
Du
coup, on a décidé bille en tête que je participerai au 41ème concours de l'association de calligraphie internationale,
organisé par le ministère des affaires étrangères. Ça se passe début mars 2013, mais y’a du pain sur
la planche, alors on s’y prend à l’avance.
Le sujet est très
libre, donc il y avait beaucoup de choix initiaux à faire, mais je commence à
savoir un peu ce que j’aime dans le domaine.
Il a déjà fallu choisir un format. On s’est
rapidement arrêté sur du vertical 136 x 35 cm. Il faut voir grand.
Après, il fallait choisir de quoi remplir tout
cet espace. On a hésité un moment entre du poème chinois à 28 caractères (trois
lignes verticales 10-10-8+signature) et des gravures anciennes à 6 caractères
(deux lignes verticales), mais on s’est finalement décidé pour une sentence
bouddhiste (zen) de cinq caractères verticaux, en style gyôsho (行書), style semi-cursif, de loin
mon préféré. Il faut dire aussi que c’est celui dans lequel je suis le plus à l’aise.
Le style kaisho (楷書), le style académique moderne, est trop rigoureux pour moi et trop
exigent pour mon inexpérience, et je suis à l’inverse trop raide pour le style sôsho (草書), totalement cursif
(que peu de Japonais peuvent lire, soit dit en passant). Ce dernier est le
style préféré de Kitamura-sensei.
La sentence que j’ai finalement choisie est 「平常心是道」, lu « hei-jô-shin-kore-dô »
ou « byô-jô-shin-kore-dô ».
Il s’agit de la persévérance dans son être quelques soient les perturbations
extérieures (le dico traduit « Don’t panic »). C’est un concept zen central
dans les arts martiaux, notamment employé par Yagyû Munenori dans le Katsu-nin-ken.
Kitamura-sensei m’en avait proposé plusieurs,
mais quand j’ai vu celle-là, ça a été le coup de foudre. Rien à voir avec le
sens, que je ne connaissais pas encore, mais les caractères forment vraiment un
très bel ensemble selon mon goût.
Pour l’instant, je suis donc passé à la phase d’entraînement,
en suivant des modèles de caractères individuels tracés par ma sensei. Voici
deux photos des deux premiers caractères, au point où j’en suis :
![]() |
| Hei (平) |
![]() |
| Jô (常) |
Avant-hier, j’ai aussi essayé deux types de papiers
différents, un plutôt absorbant et un plutôt glissant. Le rendu du style gyôsho était incontestablement meilleur
sur le papier absorbant (à gauche et à droite sur la photo suivante) ; c’est
particulièrement visible si on compare le caractère kokoro (心) du centre à ses voisins de droite (centre droit :
le plus réussit selon moi).
Voilà pour la reprise. J’ajouterai probablement des
photos au fur et à mesure de ma progression. En attendant, je fais de mon mieux
avec le peu de temps dont je dispose.

