mardi 2 juillet 2013

Entraînement spécial

Aujourd'hui, Kitamura-sensei m'a emmené au Musée National de Tokyo (encore !), pour une exposition à laquelle elle participait, aux côtés notamment de sa propre sensei, Sakurai Royô-sensei (elle fait très peur, je l'ai revue aujourd'hui, c'était terrible. Un petit bout de femme japonaise avec des énormes verres fumés, une coiffure rouge qui fait un dôme au dessus de sa tête un peu comme dans Mars Attack, et surtout une attitude très autoritaire) !

(Désolé, les photos sont mauvaises, car prises avec mon téléphone)



Gauche : Kitamura Yôka-sensei ; mix gyô-sho/sô-sho
Centre : Calligraphie récompensée par le jury
Droite : Sakurai Royô-sensei ; mix gyô-sho/sô-sho


J'ai voulu demander à Royô-sensei combien d'heures ça lui avait pris pour réaliser une version de la calligraphie qu'elle exposait (photo ci-dessus). Elle m'a répondu : "Pas d'heure voyons. Trente minutes environ".
Ah ! bon, évidemment...

Sinon, c'était surtout l'occasion d'avoir des cours particuliers avec les sensei présents pour l'occasion, qui sont de GROSSES BRUTASSES de la calligraphie tokyoïte, et après avoir réappris à écrire mon nom en kai-sho (style académique), j'ai eu l'honneur de tracer les mêmes caractères sur un modèle rei-sho fait devant moi par une spécialiste qui m'a dit "c'est pas très réussi, mais bon...". Pour vous faire une idée, son travail, avec du caractère et de la force dans les lignes  (à gauche) et ma copie pataude (droite). Y'a pas photo, hein ?...





L'autre avantage de rencontrer des pointures pareilles, outre les conseils pratiques et l'ébahissement devant leur awesomeness (Kung-fu Panda), c'est de se faire connaître d'eux. Apparemment, il n'y a pas des centaines de jeunes Français blonds aux yeux bleus qui font de la calligraphie à Tokyo, et tout ce club terrible de Mamies-pinceau est toujours en émois dés que je trace deux mauvais traits de suite sur un papier. Ça se met à pépiller dans tous les sens, et les "jôzu !" fusent à qui mieux mieux, c'est un régal. J'ai bien conscience que mon statut d'étranger y est pour beaucoup, mais ça me fait toujours un petit quelque chose quand même. Ça ne m'empêche pas d'avoir toujours la pression (du coup), et j'ai la main qui tremble plus qu'elles, alors que je n'ai pas encore l'âge d'avoir Parkinson, moi !

Pour le plaisir des yeux, mon travail des dernières semaines (satanée rei-sho !) :


Budô
Obo-eru [覚]








dimanche 3 mars 2013

国際書道連盟展覧会 (Exposition universelle)

La deuxième exposition de la journée était d'une autre trempe. Annoncée depuis longtemps, c'était le week-end d'ouverture de l'exposition de l'Association Internationale de Calligraphie Japonaise, au musée de Tokyo, dans le parc de Ueno. Vous vous souvenez peut-être de mon invitation officielle qui brillait tout plein (gin-kira gin-kira).

On y est donc allé en force, avec Shintani-sensei, le frère de Kataoka-sensei et sa femme, qui est aussi élève de Kitamura-sensei, qu'on a retrouvé sur place. Elle m'a présenté à Yamaguchi-sensei, organisatrice de l'évènement, qui est une petite dame japonaise d'un certain âge, assez maigre, drapée dans un kimono jaune et or, très souriante.
On a fait plein de ronds de jambes, j'ai été félicité une bonne centaine de fois pour mon travail exceptionnel, on a bien insisté sur le fait qu'il fallait absolument que je continue, et puis on a pris plein plein plein de photos dans toutes les combinaisons possibles. Je vous en livre un échantillon :

Gauche haut en blanc : deux élèves de Kitamura-sensei
Gauche bas : frère de Kataoka-sensei et sa femme
Centre haut : Kitamura-sensei - JF - Tan-chan
Centre bas en vert : Akiba-san
Droite haut : Shintani-sensei - Yamazaki-san et sa fille
Droite bas : Yamaguchi-sensei


La personne avec un turban est un calligraphe syrien, qui a fait une oeuvre mixte arabo-japonaise, avec un texte calligraphié en arabe, et 平和 (Heiwa, la paix) en japonais, en référence à la situation en Syrie.
Il y avait aussi de très belles oeuvres en mongole. A noter : un magnifique 和 d'une française que je ne connais pas, mais qui est manifestement très forte.

Un bon nombre de membres du Matsuba Kendo Club m'ont fait l'honneur de se déplacer pour aller voir l'exposition, et ça fait vraiment plaisir.

Tan-chan






















Tan-chan a admis que si toutes ces dames m'accablaient à ce point de compliments et de félicitations (c'était vraiment gênant à force), c'était parce que j'étais un jeune calligraphe mâle. Et puis elle a ajouté : "Mais tu sais que t'es doué, quand même ?"
Et ça, venant d'une Chinoise, ça vaut de l'or.

一日福-神社 (Exposition de quartier)

Ce dimanche était un dimanche plein d'exhibitionnisme, car après la démonstration de iaidô pour mon passage de premier dan, on a couru les expositions de calligraphie, la première étant une petite exposition de quartier dans un sanctuaire shintô de Matsugaya, où les travaux artistiques du quartier sont montrés au publique pour le plus grand bonheur de chacun. Ça permet aussi de se retrouver, de voir un peu ce qui se fait, de rencontrer des gens, et Kitamura-sensei y fait toujours exposer ses élèves (surtout les enfants, évidemment). L'occasion pour moi cette année de me lancer dans la 添書, ce style ancien et terrible pour lequel je ne suis pas doué du tout (à l'origine, Chine ancienne, quelques siècles avant JC) :


一日福

Notez qu'il n'y avait pas que moi, et c'était justement tout l'intérêt. Il y avait donc évidemment la famille Shintani au grand complet :

Le Papa
Kôta





















Kyôhei

Notez que c'était la première fois que Kyôhei (14 ans) se lançait dans la 行書 (gyôsho).

Quant au travail de Yasuko-san (la Maman), pour ceux qui connaissent, il montre bien comment le caractère 安 (an) a donné naissance au hiragana 「あ」 par simplification cursive. Le deuxième caractère est le 寧 de 丁寧 (teinei), qui sert justement à écrire 寧子 (Yasuko).


La Maman






















Shimoda-sensei, le maître du dôjô Matsuba a également fait une très belle 行書 qui mérite d'être citée :



Mention spéciale aussi pour les kana d'Akiba-san, qui est très forte :



Enfin, la photo est mauvaise et on ne voit rien, mais je vous mets tout de même les kana de Kitamura-sensei, parce que c'est beau quand même :


lundi 25 février 2013

Visite

Aujourd'hui, la Mama était en visite à l'atelier du maître. On a pris une photo avec tout le monde pour marquer l'occasion :


Rauchs - Takahashi - Yamashita - Ôtani - Shimoda
Akiba - Kitamura-sensei

mardi 5 février 2013

Vade retro !



Ah ! Mais qu'est-ce que c'est que ça, vous vous dites ! Il est devenu sataniste ou quoi ? Il a trop regardé Hellsing, lui !




Non non, c'est juste un exercice fondamental pour le style 添書 (tensho), le plus ancien de tous les styles. On commence déjà par faire des traits et des croix. Et croyez-moi, et ben c'est déjà bien assez compliqué comme ça ! On dirait pas, hein ?

Essayez tiens, vous verrez...

mardi 29 janvier 2013

Collection Printemps-Automne

Voilà, ma série des kana est finie, avec la réalisation des deux tanka (poèmes 5/7/5/7/7) suivants (accompagnés de leur traduction maison) :


(Printemps)

み吉野の
高嶺の桜
散りにけり
あらしも白き
春のあけぼの


Au mont Yoshino
Les cerisiers du sommet
Perdent leurs pétales
Dans un ouragan de fleurs
Qui blanchit l'aube au printemps



(Automne, issu du Manyôshû)


秋風に
山飛びこゆる
雁がねの
声が遠ざかる
雲隠るらし


Dans le vent d’automne,
Franchissant les monts d’un vol,
Les cris d’oies sauvages
S’évanouissent au loin
Comme enfouis dans les nuages.



Ainsi s'achève donc mon entraînement aux kana, pour lesquels on dit que j'ai plutôt un bon coup de pinceau. Du coup, j'avoue que je suis presque un peu frustré de m'arrêter en si bon chemin, d'autant que j'y ai vraiment pris plaisir. J'ai un peu l'impression de rester sur ma faim, comme si ça avait été trop facile pour que ça puisse être suffisamment sérieux...
Mais enfin bon, je ne vais quand même pas me lancer dans la calligraphie de l'intégral du Man-yô-shû non plus, hein ?

lundi 28 janvier 2013

Invitation au voyage

Ça y est ! J'ai reçu mon invitation officielle pour l'exposition du concours de l'Association Internationale de Calligraphie Japonaise, où mon 「平常心是道」 va être présenté, du 1er au 8 mars 2013, au Tokyo Bijutsukan (Musée de Tokyo, à Ueno) :




Bon, en vrai c'est du flan, parce que de toute façon c'est écrit en gros "entrée gratuite" en bas (入場無料) ; mais enfin, c'est pas trop la classe ça, d'avoir une invitation ?


Et elle brille en plus !

mardi 22 janvier 2013

Kana

Après un repos bien mérité...

... j'attaque les kana, c'est-à-dire la partie phonétique du système d'écriture japonais, qui a aussi sa calligraphie propre. Kitamura-sensei dit que pour commencer, ce sont les kanji les plus faciles à calligraphier, mais que quand on sait faire les kana, c'est plus simple que les kanji. Je veux bien la croire. Des kana, il y en a une petite cinquantaine, même s'il existe des variantes. Les kanji, quelques milliers, avec une bonne demi-douzaine de style différents, et une variété de graphies possibles dans chaque style...

Les kana, et plus particulièrement les hiragana sont les caractères dérivés phonétiquement de la première vague d'importation des caractères chinois au Japon, et utilisés principalement pour ces derniers par les femmes recluses de la cours impériale de l'ère Heian (IXème au XIIème siècle environ), notamment pour écrire des poèmes sur le temps qui passe, la beauté éphémère des choses futiles de leurs vies, et leurs amours avec les beaux princes charmants du palais. Ça faisait d'ailleurs beaucoup fantasmer les gens de l'extérieur, qui eux écrivaient d'autres sortes de poèmes sur le sujet...

Il y a deux semaines (lundi dernier était congé national), j'ai donc commencé par travailler la graphie "académique" des hiragana, mais pour les grands (différente de celle, basique, que j'avais apprise à la même place il y a deux ans, et réservée à l'exercice fondamental pour les jeunes). Ce qui est amusant, c'est que l'ordre des 48 caractères est différent en calligraphie de celui qu'on apprend "à l'école". Même ceux qui lisent le japonais ne reconnaîtront d'ailleurs pas nécessairement à première vue tous les caractères, pourtant tracés ici dans leur forme classique (je vous dis pas quand il faut déchiffrer un poème de l'ère Heian tracé de main de maître) :



La spirale rouge, c'est Kitamura-sensei qui dit "totemo umaku kaketa", une autre manière de dire qu'elle est contente de ce que j'ai fait. C'est un peu son petit pouce en l'air de Facebook à elle.

Récemment, comme les cours se raréfient avec l'avancée des examens (on les aura tous jusqu'au dernier !), j'ai pu aller m'exercer hier et ce matin :

Hier
Ce matin
















Ça, c'est Kitamura-sensei qui dit
"C'est pas encore ça".






Ce surplus d'entraînement m'a permis d'achever mon premier poème, celui du mois, qui n'était pas trop difficile. En voilà l'écriture moderne, à l'horizontale :

み吉野の
高嶺の桜
散りにけり
あらしも白き
春のあけぼの


La traduction (maison) serait (très approximativement) :

Sur la cime du mont Yoshino, les pétales de cerisier s’éparpillent comme une tempête blanche dans la lumière du printemps.




Voilà, la plus réussie est restée chez Kitamura-sensei, on mettra un petit tampon dessus la semaine prochaine, pour faire joli.