C'est de la gyôsho,
faut que ça vive en grand. Voici le travail de ce lundi. Je ne l'affiche
qu'aujourd'hui, car son histoire est un peu compliquée : j'ai oublié ma
pochette dans le train en descendant à meidaimae au
retour, la dernière fois. Je m'en suis aperçu à deux pas de l'escalier, et le
temps que je pivote sur mes talons, j'ai vu le train fermer ses portes au son
d'un joyeux 「ドアが閉まります。御注意下さい!」 (« doa ga shimarimasu. Go chûi kudasai ! »).
Je me suis donc précipité à la
petite guérite de l'entrée (parce qu'il y en a une à chaque station au Japon.
C'est une des raisons pour lesquelles ils n'ont que 5% de chômage, et nous entre 9-10%). C'est dans ce genre de
situation que l'on peut enfin apprécier la précision tatillonne du
fonctionnaire japonais qui , très concerné, vous demande non seulement vos
informations personnelles (nom, prénom, numéro de téléphone etc.), mais
également une description détaillée de l'objet perdu (ha ha, on dit comment
« pochette cartonnée grand format » en japonais, sans dictionnaire,
hein ? Je vous le demande, moi !), la ligne que vous empruntiez, la provenance
du train, sa destination, son horaire de départ, d'arrivée à la station, s'il
s'agissait d'un « local » ou d'un « express », et le numéro
du wagon dans lequel vous étiez. Bon, évidemment, si vous aviez pris la peine
de noter mentalement toutes ces informations avant de monter dans votre train
quotidien, ou même avant d’en descendre, il est fort probable que votre légère
pathologie mentale obsessionnelle vous ait également évité d'oublier quelque
chose dans ledit train. Mais bon, j'ai tout de même pu donner une idée globale
de tous ces renseignements, et ce matin, j’étais à nouveau en possession
de mon bien, avec toutes ses calligraphies dedans.
Il n’avait pas une grande valeur
monétaire, mais j’apprécie tout de même le Japon pour cette honnêteté générale,
et l’assurance quasi-permanente que l’on remettra la main sur un objet perdu,
si on prend la peine de s’adresser aux autorités compétentes. En Europe, c’est
une autre histoire ; et malheureusement, notre petite malhonnêteté
ambiante s’exporte très bien, puisque depuis mon arrivée, j’ai déjà vu Jean, mon colocataire allemand,
revenir d’une izakaya avec une petite carafe à saké qu’il
avait tout simplement « emportée » en partant, et mon camarade
français Yoan, grand
amateur de manga devant l’éternel, exhiber tout sourire un épais magazine
hebdomadaire de sous son bureau, où quelqu’un l’avait oublié. Il m’a dit en le
mettant dans son sac : « bah, c’est celui de la semaine dernière, de
toute façon ».
Moi ce sont des choses qui m’outrent
froidement, non seulement parce qu’elles contribuent à illustrer cette maudite
image du gaijin réfractaire, contre laquelle nous passons rageusement notre
quotidien à lutter, mais également parce qu’il s’agit platement de vol enrubanné
de bonne conscience. C’est une attitude que j’exècre particulièrement, sans
doute non pas tant pour le fait, bénin en soi, qu’à cause de cet odieux masque
de bonhomie innocente et de sage pragmatisme dont elle se fait une
gloire. La bonne conscience, en tant de paix et d’abondance, ça sert à
camoufler les petits forfaits sans importance de ce genre. Mais c’est son
potentiel qui m’insupporte. Parce qu’une fois l’habitude prise, et dans des
situations plus troubles, c’est la même dont on se fait peu à peu un manteau
bien épais pour aller dénoncer des réfugiés, vendre des voisins militants aux
autorités, et dépouiller l'homme vulnérable en l'accusant de s'être mis
sottement dans une telle situation de détresse.
Et puis, la petite gloriole de ce
côté roublard malin,
tellement typique du Français bien dans ses baskets, ça fait partie des raisons
pour lesquelles j’ai eu envie de quitter mon pays pour aller voir ailleurs si
ça choquait pas un peu d’autres gens que moi. Preuve en est que oui : j’ai
retrouvé mes calligraphies entières, car personne ne s’est dit en les
voyant : « quelle aubaine ».
Bon, vous me direz… il peut y avoir
d’autres raisons que l’honnêteté pour ça… Je vous en laisse seuls juges :
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| Le Travail de lundi dernier (2012.11.19)... |
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... comparé à celui de la semaine précédente (de part et d'autre). Moi comme ça, à froid, je dirais plutôt celle du milieu... Et vous ? |