lundi 26 novembre 2012

Dents de scie

Aujourd'hui, ça n'était pas formidable. Comparez avec les travaux précédents, vous verrez.

Outre le fait que mon encre était trop claire (trop diluée, préparée trop rapidement), Kitamura-sensei m'a dit qu'aujourd'hui j'avais fait quelque chose de 「大人しい」 (otonashii), qui littéralement veut dire "adulte" (adj.), mais se traduit par "calme", "gentil", "docile". En d'autres termes, dans le contexte, j'ai été trop "scolaire".
Elle l'a comparé au travail de la semaine dernière, qu'elle a qualifié de 「勢い」 (ikioi), qui a de la force, de la vigueur, de l'élan.

Donc l'objectif, pour la prochaine fois, c'est de prendre confiance dans un trait plus personnel, et libérer notre sauvagerie naturelle !

Tout le monde sait que je suis quelqu'un de très "académique".


Le Travail d'aujourd'hui, dont un corrigé

jeudi 22 novembre 2012

On avance à petits pas, mais à grands coups de pinceau


C'est de la gyôsho, faut que ça vive en grand. Voici le travail de ce lundi. Je ne l'affiche qu'aujourd'hui, car son histoire est un peu compliquée : j'ai oublié ma pochette dans le train en descendant à meidaimae au retour, la dernière fois. Je m'en suis aperçu à deux pas de l'escalier, et le temps que je pivote sur mes talons, j'ai vu le train fermer ses portes au son d'un joyeux 「ドアが閉まります。御注意下さい!」 (« doa ga shimarimasu. Go chûi kudasai ! »).

Je me suis donc précipité à la petite guérite de l'entrée (parce qu'il y en a une à chaque station au Japon. C'est une des raisons pour lesquelles ils n'ont que 5% de chômage, et nous entre 9-10%). C'est dans ce genre de situation que l'on peut enfin apprécier la précision tatillonne du fonctionnaire japonais qui , très concerné, vous demande non seulement vos informations personnelles (nom, prénom, numéro de téléphone etc.), mais également une description détaillée de l'objet perdu (ha ha, on dit comment « pochette cartonnée grand format » en japonais, sans dictionnaire, hein ? Je vous le demande, moi !), la ligne que vous empruntiez, la provenance du train, sa destination, son horaire de départ, d'arrivée à la station, s'il s'agissait d'un « local » ou d'un « express », et le numéro du wagon dans lequel vous étiez. Bon, évidemment, si vous aviez pris la peine de noter mentalement toutes ces informations avant de monter dans votre train quotidien, ou même avant d’en descendre, il est fort probable que votre légère pathologie mentale obsessionnelle vous ait également évité d'oublier quelque chose dans ledit train. Mais bon, j'ai tout de même pu donner une idée globale de tous ces renseignements, et ce matin, j’étais à nouveau en possession de mon bien, avec toutes ses calligraphies dedans.

Il n’avait pas une grande valeur monétaire, mais j’apprécie tout de même le Japon pour cette honnêteté générale, et l’assurance quasi-permanente que l’on remettra la main sur un objet perdu, si on prend la peine de s’adresser aux autorités compétentes. En Europe, c’est une autre histoire ; et malheureusement, notre petite malhonnêteté ambiante s’exporte très bien, puisque depuis mon arrivée, j’ai déjà vu Jean, mon colocataire allemand, revenir d’une izakaya avec une petite carafe à saké qu’il avait tout simplement « emportée » en partant, et mon camarade français Yoan, grand amateur de manga devant l’éternel, exhiber tout sourire un épais magazine hebdomadaire de sous son bureau, où quelqu’un l’avait oublié. Il m’a dit en le mettant dans son sac : « bah, c’est celui de la semaine dernière, de toute façon ».
Moi ce sont des choses qui m’outrent froidement, non seulement parce qu’elles contribuent à illustrer cette maudite image du gaijin réfractaire, contre laquelle nous passons rageusement notre quotidien à lutter, mais également parce qu’il s’agit platement de vol enrubanné de bonne conscience. C’est une attitude que j’exècre particulièrement, sans doute non pas tant pour le fait, bénin en soi, qu’à cause de cet odieux masque de bonhomie innocente et de sage pragmatisme dont elle se fait une gloire. La bonne conscience, en tant de paix et d’abondance, ça sert à camoufler les petits forfaits sans importance de ce genre. Mais c’est son potentiel qui m’insupporte. Parce qu’une fois l’habitude prise, et dans des situations plus troubles, c’est la même dont on se fait peu à peu un manteau bien épais pour aller dénoncer des réfugiés, vendre des voisins militants aux autorités, et dépouiller l'homme vulnérable en l'accusant de s'être mis sottement dans une telle situation de détresse.


Et puis, la petite gloriole de ce côté roublard malin, tellement typique du Français bien dans ses baskets, ça fait partie des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de quitter mon pays pour aller voir ailleurs si ça choquait pas un peu d’autres gens que moi. Preuve en est que oui : j’ai retrouvé mes calligraphies entières, car personne ne s’est dit en les voyant : « quelle aubaine ».

Bon, vous me direz… il peut y avoir d’autres raisons que l’honnêteté pour ça… Je vous en laisse seuls juges :


Le Travail de lundi dernier (2012.11.19)...

... comparé à celui de la semaine précédente (de part et d'autre).
Moi comme ça, à froid, je dirais plutôt celle du milieu...
Et vous ?

lundi 12 novembre 2012

Back to work

Retour à mon travail à moi. Aujourd'hui, on a vu les choses en grand. Pour la première fois ce matin, j'ai écris sur le format définitif. J'ai pris la moitié de l'atelier pour écrire par terre, avec un gros pinceau et beaucoup d'encre. voilà le résultat :


Hei-jô-shin-kore-dô, grand format


En fait, j'en ai écris trois, mais la meilleure version est restée chez Kitamura-sensei, accrochée au mur à côté de son modèle, pour faire une critique comparée, et la conserver de côté en attendant que je fasse mieux. Mais enfin, entre ces deux-là, je vous laisse déjà choisir laquelle est la meilleure. Vous avez la réponse en spoiler ci-dessous (sélectionner en surbrillance pour faire apparaître) :
Celle de gauche, bien entendu. C'est aussi pour ça qu'il y a mon nom dessus.
En fait, la raison, c'est surtout que j'ai changé de pinceau entre les deux ;
le premier (droite) était trop fin.

La suite la semaine prochaine, en espérant vous proposer quelque chose de plus réussi.

vendredi 2 novembre 2012

Quelques pièces glanées

Aujourd'hui, il y avait une exposition de calligraphie au 5ème étage du Média Building à l'occasion de la fête de Meiji. Je suis allé prendre quelques photos des oeuvres qui m'ont plu, pour mémoire.
Je suis désolé d'avance de la mauvaise qualité de ces photos, mais j'étais pris par le temps, les gens qui passent, les dimensions, alors le cadrage est souvent très nul, et la présentation peu pratique :



 Pour commencer, une belle kaisho académique, très réussie,
avec une assez belle alternance rythmique
(gros caractère complexe/petit caractère simple)


 C'est tellement cursif qu'on ne sait même plus si c'est encore de la sôsho.
Ça y ressemble en tout cas. J'aime beaucoup l'ensemble, ça coule de source.


 Très belle reisho, un style que j'aime beaucoup, avec ses grandes pattes.
Il y a de quoi admirer chaque caractère dans le détail,
mais la prouesse est également dans l'alignement
parfait de ce grand nombre de caractères.


Vous savez pourquoi j'ai aimé celle-là.
Je ne vous fais pas un dessin.


 Ça c'est original, ça voit large et c'est bien réalisé.
Ça changeait du reste, alors j'ai bien aimé.
Et puis on aime les gros pinceaux.
Ça fait toujours son effet.


 Encore une reisho. A mon sens un peu moins bien que la précédente :
moins minutieux et un peu moins subtil.
L'effet d'ensemble fait plus grossier. Mais c'est très personnel.
Et puis je l'aime bien quand même. C'est du beau travail.


Pour finir, une kaisho un peu particulière.
J'aime moins ce style très "haché", ou "détaché",
mais j'ai trouvé que c'était bien fait malgré tout, alors ça mérite d'être remarqué.