dimanche 30 décembre 2012

Final

Cette semaine était la dernière semaine avant la date limite pour rendre les inscriptions pour le concours. Comme c'était une semaine de vacances, ce fut une semaine intensive. Mercredi matin - jeudi après-midi - vendredi matin. J'ai fait chaque jour une demi-douzaine de calligraphies, et Kitamura-sensei était d'accord pour dire que ça n'avait rien à voir avec tout ce que j'avais fait avant. La pression de l'échéance, plus le coup de main, et surtout la confiance, qui est finalement venue, j'ai enfin pu exprimer quelque chose de personnel pour la première fois depuis le début, et j'ai enchaîné les tentatives chaque jours.
Vous me direz, une demi-douzaine par jour, ça n'est pas énorme, mais ça demande énormément de concentration ; à la fin, j'ai toujours été obligé de m'arrêter "de force", parce que de toute manière, je "n'arrivais plus".

Voilà ce que j'ai fait jeudi. La photo est mauvaise, étant donné que je les ai installées dans mon couloir, avec une exposition pourrie. Avant, elles étaient dans l'entrée de la coloc ; Lucio voulait que ça fasse izakaya :

Jeudi...


















Et le travail de vendredi :

... Vendredi


Et puis voilà enfin le résultat final, sélectionné parmi les trois meilleures calligraphies que j'ai faites, toutes issues des productions de cette semaine. Celle-ci est la meilleure, et je l'ai faite vendredi matin. Comme quoi, ça valait le coup de persévérer jusqu'au bout :


Kitamura-sensei à droite.


Kitamura-sensei va se charger de l'encadrer, puis de la faire parvenir aux organisateurs du concours. L'exposition aura lieu dans un bâtiment du parc de Ueno, début mars.

Voici les deux autres meilleures qu'on avait sélectionnées sur le travail de la semaine, qui sont également signés et marquées avec les sceaux (le mien, et deux de Kitamura-sensei) :

Bronze - Argent



Enfin, pour vous donner une idée des progrès effectués, voilà ce que je faisais il y a deux ou trois mois :

Hei
Kore - Shin
Tsune













Berk ! C'est moche, c'est faible. Rien à voir. Question de caractère. J'ai vraiment trouvé un truc en faisant ce travail.


Et maintenant,  je vais enfin pouvoir faire autre chose ! Yahou !

mercredi 26 décembre 2012

On affine à gros pinceau

La semaine dernière, il pleuvait ; le papier buvait l'encre, ça faisait des grosses tâches maladroites et le pinceau n'allait pas comme je voulais.

Et puis ce matin, je ne sais pas ce qu'il y avait, il faisait beau, j'étais en vacances, j'étais en forme, et puis mon pinceau habituel n'était pas là, alors j'ai dû en utiliser un autre, plus large et à poils plus raide, et tout à coup,  le miracle, la révélation. Ça a soudainement pris du caractère, et c'est un de mes meilleurs travaux que j'ai fait depuis le début. La confiance aussi, qui s'en vient tout doucement, avec l'habitude.

Enfin, allez, jugez donc par vous-mêmes :


Au centre : ma seconde préférée d'aujourd'hui (la meilleure est chez Kitamura-sensei) ;
A gauche, autre réalisation de la même journée ; à droite, meilleure réalisation d'il y a deux semaines ;
Extrême gauche et droite : les deux réalisations mauvaises de la semaine dernière (beurk).


J'y retourne demain...

mercredi 12 décembre 2012

Nouvelle collection

Voilà deux semaines que je n'ai pas affiché mon travail, alors je fais tout d'un coup.

Cette semaine, j'ai vraiment eu la main sûre, allez savoir pourquoi, après deux semaines de patinages pas trop réussis. Ce genre de chose ne s'explique pas vraiment, ça dépend des jours et de l'humeur, mais j'ai vaguement supposé que la nomikai de la veille, avec la compagnie du taidôren de Meiji, avait peut-être aidé. Je devais bien toujours avoir un peu de vapeurs d'alcool dans le cerveau en prenant le pinceau lundi matin. A quoi Kitamura-sensei a répondu : "Dans l'ancienne Chine, les calligraphes se saoulaient parfois avant d'écrire, pour relâcher le corps et l'esprit, et ils faisaient des réalisations magnifiques."

Enfin, vous pouvez constater par vous même, les trois calligraphies du centre sont nettement meilleures que tout ce que j'ai fait auparavant (on dira aussi qu'à force, ça commence peut-être à venir). Les deux extérieures, qui encadrent les précédentes, sont celles de la semaine d'avant (lundi 3 décembre). Vous pouvez enfin comparer le tout à celles du mois dernier.

Ma préférée est définitivement celle que j'ai placée au centre.


On m'a récemment demandé combien de temps je passais à calligraphier une bande. La réponse est : environ 10 minutes... Plus une demi-heure pour préparer l'encre, presque à chaque nouvelle bande. C'est que des calligraphies de cette taille, ça consomme pas mal.

Vous comprenez maintenant pourquoi il n'y a que deux ou trois calligraphies par semaine, pour presque deux heures de travail. Sans compter que je laisse toujours la meilleure de la séance chez Kitamura-sensei.



lundi 26 novembre 2012

Dents de scie

Aujourd'hui, ça n'était pas formidable. Comparez avec les travaux précédents, vous verrez.

Outre le fait que mon encre était trop claire (trop diluée, préparée trop rapidement), Kitamura-sensei m'a dit qu'aujourd'hui j'avais fait quelque chose de 「大人しい」 (otonashii), qui littéralement veut dire "adulte" (adj.), mais se traduit par "calme", "gentil", "docile". En d'autres termes, dans le contexte, j'ai été trop "scolaire".
Elle l'a comparé au travail de la semaine dernière, qu'elle a qualifié de 「勢い」 (ikioi), qui a de la force, de la vigueur, de l'élan.

Donc l'objectif, pour la prochaine fois, c'est de prendre confiance dans un trait plus personnel, et libérer notre sauvagerie naturelle !

Tout le monde sait que je suis quelqu'un de très "académique".


Le Travail d'aujourd'hui, dont un corrigé

jeudi 22 novembre 2012

On avance à petits pas, mais à grands coups de pinceau


C'est de la gyôsho, faut que ça vive en grand. Voici le travail de ce lundi. Je ne l'affiche qu'aujourd'hui, car son histoire est un peu compliquée : j'ai oublié ma pochette dans le train en descendant à meidaimae au retour, la dernière fois. Je m'en suis aperçu à deux pas de l'escalier, et le temps que je pivote sur mes talons, j'ai vu le train fermer ses portes au son d'un joyeux 「ドアが閉まります。御注意下さい!」 (« doa ga shimarimasu. Go chûi kudasai ! »).

Je me suis donc précipité à la petite guérite de l'entrée (parce qu'il y en a une à chaque station au Japon. C'est une des raisons pour lesquelles ils n'ont que 5% de chômage, et nous entre 9-10%). C'est dans ce genre de situation que l'on peut enfin apprécier la précision tatillonne du fonctionnaire japonais qui , très concerné, vous demande non seulement vos informations personnelles (nom, prénom, numéro de téléphone etc.), mais également une description détaillée de l'objet perdu (ha ha, on dit comment « pochette cartonnée grand format » en japonais, sans dictionnaire, hein ? Je vous le demande, moi !), la ligne que vous empruntiez, la provenance du train, sa destination, son horaire de départ, d'arrivée à la station, s'il s'agissait d'un « local » ou d'un « express », et le numéro du wagon dans lequel vous étiez. Bon, évidemment, si vous aviez pris la peine de noter mentalement toutes ces informations avant de monter dans votre train quotidien, ou même avant d’en descendre, il est fort probable que votre légère pathologie mentale obsessionnelle vous ait également évité d'oublier quelque chose dans ledit train. Mais bon, j'ai tout de même pu donner une idée globale de tous ces renseignements, et ce matin, j’étais à nouveau en possession de mon bien, avec toutes ses calligraphies dedans.

Il n’avait pas une grande valeur monétaire, mais j’apprécie tout de même le Japon pour cette honnêteté générale, et l’assurance quasi-permanente que l’on remettra la main sur un objet perdu, si on prend la peine de s’adresser aux autorités compétentes. En Europe, c’est une autre histoire ; et malheureusement, notre petite malhonnêteté ambiante s’exporte très bien, puisque depuis mon arrivée, j’ai déjà vu Jean, mon colocataire allemand, revenir d’une izakaya avec une petite carafe à saké qu’il avait tout simplement « emportée » en partant, et mon camarade français Yoan, grand amateur de manga devant l’éternel, exhiber tout sourire un épais magazine hebdomadaire de sous son bureau, où quelqu’un l’avait oublié. Il m’a dit en le mettant dans son sac : « bah, c’est celui de la semaine dernière, de toute façon ».
Moi ce sont des choses qui m’outrent froidement, non seulement parce qu’elles contribuent à illustrer cette maudite image du gaijin réfractaire, contre laquelle nous passons rageusement notre quotidien à lutter, mais également parce qu’il s’agit platement de vol enrubanné de bonne conscience. C’est une attitude que j’exècre particulièrement, sans doute non pas tant pour le fait, bénin en soi, qu’à cause de cet odieux masque de bonhomie innocente et de sage pragmatisme dont elle se fait une gloire. La bonne conscience, en tant de paix et d’abondance, ça sert à camoufler les petits forfaits sans importance de ce genre. Mais c’est son potentiel qui m’insupporte. Parce qu’une fois l’habitude prise, et dans des situations plus troubles, c’est la même dont on se fait peu à peu un manteau bien épais pour aller dénoncer des réfugiés, vendre des voisins militants aux autorités, et dépouiller l'homme vulnérable en l'accusant de s'être mis sottement dans une telle situation de détresse.


Et puis, la petite gloriole de ce côté roublard malin, tellement typique du Français bien dans ses baskets, ça fait partie des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de quitter mon pays pour aller voir ailleurs si ça choquait pas un peu d’autres gens que moi. Preuve en est que oui : j’ai retrouvé mes calligraphies entières, car personne ne s’est dit en les voyant : « quelle aubaine ».

Bon, vous me direz… il peut y avoir d’autres raisons que l’honnêteté pour ça… Je vous en laisse seuls juges :


Le Travail de lundi dernier (2012.11.19)...

... comparé à celui de la semaine précédente (de part et d'autre).
Moi comme ça, à froid, je dirais plutôt celle du milieu...
Et vous ?

lundi 12 novembre 2012

Back to work

Retour à mon travail à moi. Aujourd'hui, on a vu les choses en grand. Pour la première fois ce matin, j'ai écris sur le format définitif. J'ai pris la moitié de l'atelier pour écrire par terre, avec un gros pinceau et beaucoup d'encre. voilà le résultat :


Hei-jô-shin-kore-dô, grand format


En fait, j'en ai écris trois, mais la meilleure version est restée chez Kitamura-sensei, accrochée au mur à côté de son modèle, pour faire une critique comparée, et la conserver de côté en attendant que je fasse mieux. Mais enfin, entre ces deux-là, je vous laisse déjà choisir laquelle est la meilleure. Vous avez la réponse en spoiler ci-dessous (sélectionner en surbrillance pour faire apparaître) :
Celle de gauche, bien entendu. C'est aussi pour ça qu'il y a mon nom dessus.
En fait, la raison, c'est surtout que j'ai changé de pinceau entre les deux ;
le premier (droite) était trop fin.

La suite la semaine prochaine, en espérant vous proposer quelque chose de plus réussi.

vendredi 2 novembre 2012

Quelques pièces glanées

Aujourd'hui, il y avait une exposition de calligraphie au 5ème étage du Média Building à l'occasion de la fête de Meiji. Je suis allé prendre quelques photos des oeuvres qui m'ont plu, pour mémoire.
Je suis désolé d'avance de la mauvaise qualité de ces photos, mais j'étais pris par le temps, les gens qui passent, les dimensions, alors le cadrage est souvent très nul, et la présentation peu pratique :



 Pour commencer, une belle kaisho académique, très réussie,
avec une assez belle alternance rythmique
(gros caractère complexe/petit caractère simple)


 C'est tellement cursif qu'on ne sait même plus si c'est encore de la sôsho.
Ça y ressemble en tout cas. J'aime beaucoup l'ensemble, ça coule de source.


 Très belle reisho, un style que j'aime beaucoup, avec ses grandes pattes.
Il y a de quoi admirer chaque caractère dans le détail,
mais la prouesse est également dans l'alignement
parfait de ce grand nombre de caractères.


Vous savez pourquoi j'ai aimé celle-là.
Je ne vous fais pas un dessin.


 Ça c'est original, ça voit large et c'est bien réalisé.
Ça changeait du reste, alors j'ai bien aimé.
Et puis on aime les gros pinceaux.
Ça fait toujours son effet.


 Encore une reisho. A mon sens un peu moins bien que la précédente :
moins minutieux et un peu moins subtil.
L'effet d'ensemble fait plus grossier. Mais c'est très personnel.
Et puis je l'aime bien quand même. C'est du beau travail.


Pour finir, une kaisho un peu particulière.
J'aime moins ce style très "haché", ou "détaché",
mais j'ai trouvé que c'était bien fait malgré tout, alors ça mérite d'être remarqué.




mercredi 31 octobre 2012

Reprise laborieuse


Voilà maintenant deux semaines que j'ai repris mes habitudes auprès de Kitamura-sensei, à Matsugaya. Je ne peux pratiquer qu'une fois par semaine, le lundi matin, et la reprise n'a pas été glorieuse. Tout juste si je savais encore tenir un pinceau. Je ne vous parle même pas de rester assis une heure et demie en seiza, avec le temps de préparer l'encre.

Du coup, on a décidé bille en tête que je participerai au 41ème concours de l'association de calligraphie internationale, organisé par le ministère des affaires étrangères. Ça se passe début mars 2013, mais y’a du pain sur la planche, alors on s’y prend à l’avance.

Le sujet est très libre, donc il y avait beaucoup de choix initiaux à faire, mais je commence à savoir un peu ce que j’aime dans le domaine.

Il a déjà fallu choisir un format. On s’est rapidement arrêté sur du vertical 136 x 35 cm. Il faut voir grand.
Après, il fallait choisir de quoi remplir tout cet espace. On a hésité un moment entre du poème chinois à 28 caractères (trois lignes verticales 10-10-8+signature) et des gravures anciennes à 6 caractères (deux lignes verticales), mais on s’est finalement décidé pour une sentence bouddhiste (zen) de cinq caractères verticaux, en style gyôsho (行書), style semi-cursif, de loin mon préféré. Il faut dire aussi que c’est celui dans lequel je suis le plus à l’aise. Le style kaisho (楷書), le style académique moderne, est trop rigoureux pour moi et trop exigent pour mon inexpérience, et je suis à l’inverse trop raide pour le style sôsho (草書), totalement cursif (que peu de Japonais peuvent lire, soit dit en passant). Ce dernier est le style préféré de Kitamura-sensei.
La sentence que j’ai finalement choisie est 「平常心是道」, lu « hei-jô-shin-kore-dô » ou « byô-jô-shin-kore-dô ». Il s’agit de la persévérance dans son être quelques soient les perturbations extérieures (le dico traduit « Don’t panic »). C’est un concept zen central dans les arts martiaux, notamment employé par Yagyû Munenori dans le Katsu-nin-ken. Kitamura-sensei m’en avait proposé plusieurs, mais quand j’ai vu celle-là, ça a été le coup de foudre. Rien à voir avec le sens, que je ne connaissais pas encore, mais les caractères forment vraiment un très bel ensemble selon mon goût.

Pour l’instant, je suis donc passé à la phase d’entraînement, en suivant des modèles de caractères individuels tracés par ma sensei. Voici deux photos des deux premiers caractères, au point où j’en suis :

Hei (平)
Jô (常)


















Avant-hier, j’ai aussi essayé deux types de papiers différents, un plutôt absorbant et un plutôt glissant. Le rendu du style gyôsho était incontestablement meilleur sur le papier absorbant (à gauche et à droite sur la photo suivante) ; c’est particulièrement visible si on compare le caractère kokoro (心) du centre à ses voisins de droite (centre droit : le plus réussit selon moi).


Voilà pour la reprise. J’ajouterai probablement des photos au fur et à mesure de ma progression. En attendant, je fais de mon mieux avec le peu de temps dont je dispose.